Après avoir rangé nos affaires dans les traîneaux et replié la tente, nous reprenons la
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route. Les traîneaux sont toujours aussi difficiles à tirer. Nous nous relayons
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régulièrement en tête. Celui qui marche devant à l'esprit entièrement occupé par la
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recherche du meilleur chemin entre les blocs de glace. Celui qui est derrière surveille
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la route, mais il peut parfois laisser vagabonder son esprit, imaginer les améliorations
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à apporter au matériel, admirer le paysage grandiose qui s'offre à lui, ou ... se
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demander ce qu'il fait là.
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Les traces d'animaux sont nombreuses : ours blanc à la démarche zigzaguante
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dont on devine les énormes pattes, traces de sabots (boeufs musqués ou caribous ?),
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renard des neiges. Soudain nous apercevons à l'horizon des blocs de glace flottant sur
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une immense zone d'eau libre. Nous sommes surpris : nous nous attendions à trouver
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de l'eau libre ("polynies"), mais pas dans cette zone. Je me souviens d'une pareille
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image au Spitzberg où, après avoir espéré pendant une heure de marche qu'il ne
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s'agirait que d'un mirage, nous nous étions retrouvés au bord d'un bras d'eau
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infranchissable. La mer disparaît lorsque nous approchons. Nous sommes soulagés :
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cette fois, il s'agissait bien d'un mirage.
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Nos tendons d'achille souffrent à chaque fois que notre corps se penche
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en avant pour arracher la charge du traîneau. Ce soir, nous confectionnons des
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talonettes en découpant des semelles de feutre : elles doivent nous permettre de
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rehausser le talon d'environ 3 centimètres et de limiter ainsi l'étirement du tendon.
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Elles se révèleront efficaces et économiserons nos tendons d'Achille. Nos épaules
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souffrent également, et cela d'autant plus que la ceinture abdominale du sac à dos se
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desserre peu à peu au fur et à mesure que nous progressons. Au bout de quelques
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minutes, la charge, bien répartie au départ entre la ceinture et les bretelles, ne porte
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plus que sur nos épaules. La seule solution consistera à assurer un meilleur blocage
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du passant de la ceinture abdominale.
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En fin de journée, bien fatigués, nous montons le camp à proximité de la côte
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de l'île Bathurst. Nous avons l'espoir d'avoir franchi plus de 10 kilomètres. Une fois
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installés dans la tente, nous faisons le point grâce au récepteur G.P.S. que nous a
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prêté l'armée de l'air, et qui nous permet, en captant les signaux des satellites, de
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déterminer notre position à 20 mètres près. Le verdict tombe brutal : 9,45 kilomètres.
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